Premiers échanges transfrontaliers entre Lagos et Accra

30 septembre 2015


Premiers échanges transfrontaliers entre Lagos et Accra

United Capital PLC

M. Wale Shonibare, Vice-Président du Groupe / Directeur général des services bancaires d’investissement de United Capital PLC

Les incidences du succès de la première transaction d’actions transfrontalières entre Lagos et Accra

L’intégration économique de la sous-région ouest-africaine est une initiative de longue durée au cœur du Traité portant création de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) depuis des décennies. Le noble objectif de la promotion d’un « marché commun » va au-delà du démantèlement des barrières commerciales et de la promotion d’une politique commercial commune pour rechercher l’élimination des obstacles à la libre circulation des capitaux entre les pays de la sous-région. Alors que la libéralisation des échanges commerciaux réels a été réalisée dans une large mesure (la récente adoption du tarif extérieur commun de la CEDEAO illustre bien cette évolution), l’intégration du secteur financier est un rêve qui prend progressivement forme. Cette croissance plutôt lente de l’intégration de l’intégration des marchés de la région est imputable à un certain nombre de facteurs : premièrement, la croissance anémique des marchés de capitaux des différents pays, qui est aussi intimement liée au niveau de développement des marchés financiers ; deuxièmement, les contrôles étroits exercés sur les transactions des marchés de capitaux au sein de la région ; et troisièmement l’inexistence d’une politique d’harmonisation des infrastructures des marchés financiers, relative notamment à la réglementation, la fiscalité, les cotations croisées des titres et les systèmes commerciaux.

Les courtiers de United Capital Plc et de CAL ont pris récemment des mesures audacieuses qui ont donné un coup de fouet au processus d’intégration des marchés financiers de la sous-région dans le cadre défini par le Conseil de l’intégration des marchés de capitaux ouest-africains (WACMIC). Le Conseil WACMIC a été créé en 2013 aux fins d’harmoniser le cadre réglementaire de l’émission et de la négociation des titres financiers dans toute la région et de mettre en place une plate-forme commune pour l’inter-cotation et la négociation de ces titres. Le WACMIC est composé des Directeurs généraux des différentes Commissions des valeurs mobilières et des bourses des valeurs mobilières de la région. Il est chargé de l’élaboration du cadre de politique et de la gestion de la mise en œuvre du processus conçu pour la création d’un marché financier intégré en Afrique de l’Ouest.

Faisant œuvre de pionnier, United Capital Securities du Nigeria et CAL Stockbrokers du Ghana se sont associés au conseil WACMI pour faciliter la réalisation de la première phase du processus de gestion progressive de l’intégration des marchés financiers de la sous-région en juillet 2015. Cette première étape comprenait l’identification et la formalisation (au niveau réglementaire) qui existe en ce moment entre les pays ouest-africains (en l’occurrence le Nigeria et le Ghana), de sorte que les courtiers des deux pays peuvent négocier les valeurs mobilières et effectuer le règlement des transactions entre les deux marchés avec les mêmes moyens. Une fois signés les protocoles d’accord (reconnus par chacun des organes de réglementation des deux juridictions), les membres de la corbeille (sociétés de bourse) du Ghana et du Nigeria étaient en mesure d’engager des négociations par le biais de Sponsored Access. La première négociation menée le 15 juillet 2015 a été favorisée par la Bourse du Nigeria (Nigeria Stock Exchange - NSE) conjointement avec la Bourse du Ghana (Ghana Stock Exchange - GSE), les échanges effectifs étant menés par United Capital Securities. Ces premières négociations ont réussi à mettre au point le cadre des échanges subséquents sur les marchés.

Cette transaction historique est importante et bénéfique à bien des égards pour l’Afrique de l’Ouest et les marchés financiers africains. La libéralisation des transactions en capital dans toutes les régions est la première étape sur la voie de l’intégration des marchés de capitaux. Au fil des années, les marchés financiers africains sont restés vulnérables à la volatilité provenant des investissements massifs de portefeuille entrants en provenance de pays présentant peu de similitudes avec la région, ce qui a créé une poussée d’instabilité macroéconomique sur les marchés financiers intérieurs. La transaction Ghana-Nigeria devrait préparer l’avènement d’apports de capitaux plus importants à la sous-région qui exerce déjà dans un environnement commercial libre. D’autres bourses des valeurs en Afrique de l’Ouest comme la Bourse régionale des valeurs mobilières SA (BRVM) devraient initier des transactions similaires à même d’accroître sensiblement le volume de liquidité des marchés financiers de la région. Dans un proche avenir, des courtiers des pays participants seront en mesure d’acheminer les commandes directes de leurs clients vers différents marchés, les investisseurs eux-mêmes recueillant pleinement les fruits de la diversification de leur portefeuille entre les zones géographiques. Un avantage supplémentaire pour toutes les parties prenantes est la promotion des meilleures pratiques internationales entre les opérateurs et les organes de réglementation des marchés de la région.

Malgré ces perspectives prometteuses, il subsiste encore un certain nombre d’obstacles à surmonter. Les transactions transfrontalières de la sous-région comportent un nombre important de défis à relever, au regard notamment de l’inégalité des niveaux de développement observés en ce moment entre les marchés financiers africains. L’harmonisation de l’infrastructure des marchés est un travail fastidieux. Cela explique sans doute pourquoi le Conseil WACMI s’est résolu à réaliser le processus en trois phases. Les règlements régissant les transactions transfrontalières ne sont pas mis en place dans bon nombre de marchés de capitaux africains. Les Bourses du Nigeria et du Ghana peuvent cependant se targuer de posséder un courtage électronique et un Accès direct aux marchés. On ne saurait toutefois en dire autant de bon nombre de Bourses en Afrique qui sont encore au stade embryonnaire de leur développement. Pour que les transactions transfrontalières soient efficaces, les marchés de capitaux des pays doivent promouvoir l’Accès sponsorisé, qui permet aux courtiers qui ne sont pas des opérateurs directs de marché de participer aux Bourses, en leur accordant l’accès à distance aux facilités de transactions des Bourses grâce aux technologies.

À court terme, les opérateurs de marché désireux de participer à cette initiative louable devront améliorer leur appui informatique aux titres de transactions, vu que les transactions ne peuvent s’effectuer que par voie électronique et que les commandes nécessitent un système de gestion synchronisé avec la Bourse des valeurs locale. Il convient de fournir des informations sur les possibilités d’investissement dans les marchés de la région, étant donné qu’elles aideront à stimuler les transactions inter-marchés engagées par les investisseurs et les opérateurs de marché à accroître leurs revenus. Un Système de règlement solide est également indispensable. Il est en outre nécessaire de mettre en place un système bancaire plus robuste entre les marchés, permettant aux investisseurs d’effectuer les paiements dans la monnaie du pays d’où émanent les commandes, quel que soit le marché où ils interviennent, vu que cela contribuera à accroître le volume / la valeur des échanges. Enfin, il convient de souligner l’impérieuse nécessité de voter les lois d’habilitation autorisant le courtage électronique et l’accès direct aux marchés sur les différentes bourses de la région.

Wale Shonibare est le Directeur général des services bancaires d’investissement de United Capital PLC. Il jouit d’une expérience de plus de  25 dans les montages financiers pour les opérations de développement en faveur des régions Asie, Europe, Moyen-Orient et Afrique. Avant d’entrer à United Capital, il occupait les fonctions de Directeur général et de Chef des infrastructures pour les régions Afrique, Moyen Orient et Nouveaux marchés à Renaissance Capital. Il a également travaillé à KPMG en qualité de Directeur à Londres et Dubaï.