L’intégration des marchés de capitaux en Afrique de l'Ouest

25 octobre 2016


BRVM CEO, Dr. Edoh Kossi AMENOUNVE

Un peu d’histoire

L’intégration du système financier en Afrique de l’ouesta été annoncée très tôt dans le Programme de coopération monétaire de la CEDEAO. En effet, l’article 53 du Traité de la CEDEAO révisé en 1993, prévoit la mise en place de mécanismes appropriés pour encourager les investissements dans les entreprises situées sur le territoire des autres États membres à travers des transactions boursières transfrontalières en actions et autres titres. L'objectif de cette disposition est d’assurer la libre circulation des capitaux au sein de la communauté, grâce à la suppression des contrôles sur les transferts de capitaux entre les Etats membres.

Le programme d’Intégration des Marchés Financiers de l’Afrique de l’Ouest (WACMI) est l’une des composantes du programme d’intégration régionale de la CEDEAO et il est suivi en partenariat avec l’Institut Monétaire Ouest Africain (WAMI – West African Monetary Institute).

Pour atteindre cet objectif, le traité a recommandé la création d'un Comité dont le rôle est d’identifier les difficultés pour l’intégration des marchés de capitaux et proposer des solutions.

Ainsi, le 18 janvier 2013 la Commission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a inauguré,sous l’égide de son Président, le lancement du Conseil pour l’Intégration des Marchés Financiers de l’Afrique de l’Ouest (WACMIC - West African Capital Markets Integration Council). Ce Conseil a été créé en tant qu’organe de gouvernance chargé de conduire l’intégration des marchés financiers de l’Afrique de l’Ouest.

Le WACMIC regroupe les Bourses des valeurs de la CEDEAO (la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, la Bourse du Nigeria, la Bourse du Ghana, la Bourse du Cap-Vert et celle de la Sierra Leone). Depuis mars 2015, la BRVM en assure la Présidence.

Etat des lieux des marchés boursiers de l’Afrique de l’Ouest

Il existe actuellement cinq bourses dans l’espace CEDEAO à savoir, la Bourse du Cap- Vert ($658 millions de capitalisation pour 16 sociétéslistées), la Bourse du Ghana ($14 milliards pour 39 sociétés listées), la Bourse du Nigeria ($53 milliards pour 175 sociétés listées), la Sierra Leone Stock Exchange (une société listée) et la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM - $12 milliards pour 76 sociétés listées). 

Capitalisation boursière

 

Répartition des sociétés

Ces bourses ont chacune, un corpus réglementaire différent. Plusieurs études ont montré que ces bourses sont en grande partie fragmentées avec une faible liquidité pour absorber les transactions importantes. Par exemple, certaines placesne permettent pas aux investisseurs non-résidentsd’investir un certain montant sur leur bourse à cause de la réglementation relative au contrôle des opérations de change et au rapatriement des capitaux et revenus issus des investissements des étrangers (dividendes, paiements d'intérêts, etc.). En outre, certaines dispositions réglementaires des marchés boursiers ne favorisent pas la double cotation des entreprises opérant sur plusieurs places boursières.

La feuille de route pour la mise en œuvre de cette intégration

Pour la mise en œuvre de l’intégration des marchés financiers de la CEDEAO, il est prévu trois phases qui se déclinent comme suit :

Dans la première phase, appelée aussi l’accès Sponsorisé (« Sponsored Access »), toute société de bourse d’une place peut accéder aux autres places boursières à condition d’être parrainée par une société de bourse de l’autre place boursière.Ainsi, les clients d’un marché boursier donné pourront accéder aux autres places boursières de la CEDEAO. La société de bourse qui sponsorise une société de bourse d’une autre place est responsable de l’activité de cette dernière sur sa place.

Dans la phase 2 ou Passeport Commun (« Common Passeport »), toute société de bourse qui respecte les critères requis pour avoir un passeport commun pourra accéder directement aux différentes places boursières et passer les ordres de ses clients comme les sociétés de bourses locales de cette place. Dans cette phase, les sociétés de bourse qui respectent les critèresminimums définis par le WACMIC sont qualifiées pour obtenir le passeport commun et sont appelées les « QWAB » : Qualified West African Brokers.

Enfin, dans la troisième phase, celle du marché intégré ou (WASM – West African Securities Market), toutes les bourses membres du WACMIC seront liées à un marché des valeurs mobilières virtuel ouest-africain (le WASM), avec une plateforme commune de cotation et un carnet d’ordres unique par valeur cotée.

Les principaux critères de réussite de l’intégration des marchés

Les principaux facteurs de succès sont : un cadre harmonisé de négociation, de compensation et de règlement, des plates-formes de trading intégrées et une harmonisation des cotations en bourse ainsi que des exigences réglementaires. Le passeport commun est également un formidable outil d’intégration, dans son rôle de permettre aux courtiers ouest-africains agréés (QWAB – Qualified West African Brokers) d’avoir un accès direct aux plateformes de trading des différents marchés de la sous-région.

Les avantages de l’intégration des marchés de capitaux

Le programme d’intégration comporte trois principaux avantages :

(i) Au titredes systèmes financiers - l’intégration permet le développement des différents systèmes financiers, la promotion d’une plus grande concurrence et davantage d’innovation, l’harmonisation des normes règlementaires et boursières, ainsi que l’accroissement de la circulation des capitaux.

(ii) Au titre des émetteurs - les sociétés qui sont cotées sur un marché plus étendu ont plus visibilité,avec un accès à plus d’investissement et de levées de ressources grâce à un marché des capitaux plus large.

(iii) Au titre des investisseurs - en ayant accès à un marché plus étendu, les investisseurs auraient un choix de placements plus diversifié et l’accès à une liquidité plus importante.

Que représentera ce marché ouest-africain intégré ?

En regroupant les indicateurs boursiers 2015 des cinq bourses de la région CEDEAO, à savoir le Nigerian Stock Exchange, le Ghana Stock Exchange, le Sierra Leone Stock Exchange, le Cape Verde Stock Exchange et la BRVM, le marché virtuel intégré (WASM – West African Securities Market) constituerait la 2ème Bourse africaine avec $76.89 milliards de capitalisation après le Johannesburg Stock Exchange avec 273 sociétés cotées et 233 sociétés de bourse.

Catégories: Côte d’Ivoire